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Supporters de l’Olympique de Marseille : Stade Vélodrome

  • Virage Sud (Chevalier Roze), South Winners (SW’87).

Tandis que se poursuivaient, sous le second Empire, les travaux de terrassements de la Cathédrale, des ouvriers découvrirent dans les annexes de la vieille Major, une inscription portant le mot STADION. Il est ainsi prouvé que Marseille grecque eut un stade, il y a plus de 2000 ans, et nul stade en France ne peut se réclamer d’un précurseur aussi lointain. Extrait de la « Revue Marseille » (juin 1937). Marseille, ville portuaire et cosmopolite est le seul cas en France où un club accapare réellement une ville : il s’agit de l’Olympique de Marseille, ou plus simplement l’OM. Ville fondée par les Phocéens en 600 avant Jésus Christ et donc plus ancienne ville de France.

Marseille dispose d’une situation sur le delta du Rhône et la Méditerranée qui explique la présence de communautés italienne, espagnole, arménienne mais aussi d’Afrique du Nord et de l’Ouest. C’est un véritable melting-pot qui s’incarne dans son club et ses dizaines de milliers de supporteurs, qui rêvent de connaître à nouveau la gloire d’il y a dix ans, quand l’OM dominait le championnat de France et était devenu le seul club français à avoir remporté la Coupe des clubs champions. Toujours fidèles malgré des temps difficiles, les supporters de Marseille méritent plus que quiconque de goûter à nouveau à la réussite suprême. Des quartiers de l’Estaque à la Canebière, le Stade Vélodrome reproduit dans ses tribunes toute la diversité de la cité phocéenne. La passion démonstrative exprimée par les supporters pour une équipe au palmarès prestigieux, a fait de ce stade construit en 1937 un temple du football. Aucune enceinte en France ne peut générer une ambiance pareille à celle du stade Vélodrome. Avec les superbes montagnes de Provence en toile de fond, on trouve dans ce lieu d’une capacité de 60 000 places les fumis et tifos que l’on s’attend plutôt à voir dans les stades plus enflammés que sont les stades espagnols ou italiens.

Les supporters de l’Olympique de Marseille sont les plus passionnés et les plus nombreux de France. Aucune ville ne possède une culture de supporters comparable, son mélange ethnique et le cadre méditerranéen rendant le tout encore plus exotique et haut en couleur. Les groupes d’ultras sont nombreux, chacun possédant un territoire propre dans le stade, ainsi que ses bannières, ses chants, ses produits dérivés et ses lieux de rencontre. Du virage Sud avec les South Winners et le Commando Ultra’84 au virage Nord (Patrice de Peretti) avec les Yankee Nord, les Dodger’s, les Fanatics, les Mtp et ses Cagoles sans oublier le Club Central des supporters (CCS) et le Club des Amis de l’OM (CAOM), le soutient pour l’OM est total. Les supporters de l’Olympique de Marseille se déplacent en masse, pour les matches de championnat, de Coupe de France ou de Coupe d’Europe.

Les South Winners, le Kaotic Group créés en 1987, co-locataire du Virage Sud (Chevalier Roze), adoptent El Commandante Ernesto « Che » Guevara. Philippe South Winners 87 : "Les SW 87 est le premier groupe de l’hexagone à se revendiquer antifasciste, alors qu’à la fin des années 80, dans l’essor de la mode Ultra, il était de bon ton d’afficher des croix celtiques ! Précisons que le SW n’a pas été fondé par des Reds mais par des jeunes étudiants des quartiers populaires des 3ème et 2ème arrondissements, où il a puisé ses racines. Nous nous sommes implantés au Panier, le quartier le plus populaire de la ville. Le SW n’est pas devenu antifa par militantisme, mais du fait de sa composition.

Quand vous comptez beaucoup de maghrébins, vous êtes accueillis par des banderoles « Bienvenue en France » un peu partout, cela nous a valu des affrontements mémorables avec les « vrais » Bad Gones (avant 95, quand ils étaient en majorité boneheads), avec le kop de Boulogne, le Viola Front (Toulouse), l’Urban S. de Nantes et quelques autres merdes de fafs. Les SW 87 ont également imprimé le Che sur des banderoles, drapeaux et autres gadgets, mais surtout pour refouler toute tentative de percée de l’extrême droite au Vel’. En ce qui concerne la politique, nous ne nous sommes jamais sentis communistes au sens traditionnel du terme, nous n’avons jamais voulu faire d’apologie, mais de la sensibilisation dans notre zine Révolution Orange".

  • Winners, tout un programme, (l’Humanité du 13 Septembre 2003).

« On ne veut pas devenir un club de riches à l’image du Real Madrid où les supporters sont tous assis, sans drapeaux ni tambours, et n’ont pas le droit d’organiser de tifo (spectacle). Nous, personne ne nous dit ce qu’on doit faire ». Franck South Winners 87, responsable des déplacements et de la buvette du nouveau local qui s’étend sur 700 mètres carrés dans le quartier populaire de la Belle de Mai, tient à « l’indépendance », slogan de son groupe de supporters. Au-delà du premier degré qui rappelle l’éternelle guéguerre entre Paris et Marseille, il faut lire dans cette formule un avertissement très clair envers la direction du club ou de quiconque serait tenté de les récupérer.

« On ne dépend d’aucun groupe de pression, explique Kamel Amer, quarante ans, ancien trésorier des Winners, cadre au conseil régional. L’indépendance, c’est cette volonté de n’être contrôlé par personne ». Autre symbole fort, le choix comme icône de la célèbre image d’Ernesto Che Guevara qui orne leurs drapeaux. « Il représente la solidarité et la révolution », souligne Kamel. Deux idées forces dont les Winners se revendiquent depuis leur création en 1987. « Au-delà de notre amour pour l’OM et notre ville, les valeurs communes de partage et de métissage culturel forment le socle du groupe. Beaucoup de jeunes s’ils n’étaient pas chez nous feraient des conneries dehors », assure Kamel.

Association atypique de 5 550 membres, où chômeurs et érémistes côtoient professions libérales (avocats, entrepreneurs), professeurs, ou même un directeur d’agence bancaire, les Winners constituent une mosaïque où l’entraide est la règle. « On trouve des stages, on essaie de placer en contrat de qualification ou d’apprentissage ceux qui n’ont pas d’emploi ». Politiquement ancrés à gauche, voire à l’extrême gauche, les Winners distribuent gratuitement dans le virage sud à chaque match à domicile, soit environ deux fois par mois, leur fanzine, Révolution orange. Il y est question, outre de football, d’informations sur la vie du groupe, de lutte contre le racisme avec à la clef des billets d’humeur acides et engagés contre le système capitaliste où l’argent roi.

Pourquoi orange ? « En 1990, des groupuscules d’extrême droite se sont infiltrés parmi les différents groupes de supporters au Vélodrome. En réaction, on a décidé de porter à l’envers leurs Bombers (blousons) noirs, laissant apparaître alors la doublure orange sur l’extérieur », explique un supporter. Plus récemment, on a pu lire sur une banderole dans le Stade-Vélodrome : « On est avec Bové ». « Nous sommes plus du côté du Larzac que de Cancun, suggère Kamel. Je suis de ceux qui souhaitent qu’on s’engage politiquement dans des élections locales. De toute façon, il faudra bien prendre le pouvoir un jour ou l’autre ».

 » South Winners’87 : site officiel du Kaotic Group