RéZo Olympique de Marseille : Le Web des Supporters Marseillais !,...

À jamais les premiers !
par Helga Wolf (Revue StadionWelt / Allemagne) avec la participation de Nicolas Deltort.

L’Olympique de Marseille fut le premier club à gagner la coupe d’Europe des champions. Les Ultras Marseillais furent les premiers en France à supporter à la manière italienne. À Marseille, tout semble être plus grand qu’autre part et c’est ainsi que les supporters se présentent. L’OM n’est pas seulement le club au plus grand palmarès en France, il est aussi le plus grand et le plus populaire. Mais Marseille, c’est aussi le club scandale, qui, champion d’Europe, fut rétrogradé en D2. Le club qui à maintes reprises fut accusé, une fois trouvé coupable (affaire VA OM) de manipulations, que ce soit corruption ou soupçon de doping. Mais cela n’a pas diminué la ferveur de ses supporters, au contraire. Ça collait trop bien avec l’image que l’on se faisait de Marseille dans le reste de la France : Une ville réputée sale et délabrée, la capitale du crime ou du moins des magouilles, ou les gens sont hospitaliers, aiment faire la fête et exagèrent toujours un peu. La ville elle-même se considère par contre comme le typique port de Méditerranée : Ouverte au monde et au commerce, au fur et mesure des années capables d’intégrer des centaines de milliers de nouveau venus. Ici, on est d’abord marseillais, et puis français, ou quoi que se soit que les papiers déclarent.

« Fiers d’être marseillais »
« Marseille est comme une éponge. Elle absorbe, et elle continue à fabriquer des marseillais », écrit l’historien Jean Contrucci. L’OM est un facteur important dans ce processus d’identification. Le club ne représente pas seulement Marseille, il l’unit : l’OM, c’est Marseille, Marseille, c’est l’OM. Du jeune des quartiers défavorisés en passant par le petit artisan jusqu’aux élus locaux et aux classes supérieures : Tous se rangent derrière le club, tous se retrouvent au stade. Christian Bromberger, ancien éthnologe à l’université de Provence parle même d’un « facteur stabilisant pour le climat social de la ville, un symbole du sentiment communautaire qui estompe les oppositions ». Les chiffres en disent long : l’affluence moyenne de la saison est de 49.900, de loin la plus haute en France. Le club compte 41.000 abonnés, un autre record au niveau national.

Sur le fond de tant de passion, on ne s’étonne pas que le mouvement ultra français naquit sur les gradins du Stade Vélodrome et que les groupes marseillais soient aujourd’hui les plus grands. Plus de la moitié des abonnements, 28.000, sont vendus par les associations de supporters. Certaines d’entre-eux regroupent les supporters traditionnels, comme le CCS ou les « Amis de l’OM » et se bornent plus ou moins à la billetterie et l’organisation des déplacements.

La majorité par contre fait parti du mouvement ultras, regroupant plus de 20.000 abonnés dans les cinq groupes, des Winners jusqu’au Fanatics. Le nom « Ultras » est cependant réservé au groupe qui lança tout en 1984 : le « Commando Ultra’84 » ou « Ultras Marseille ». Dans le livre édité pour leur 15ème anniversaire, ils confirment le jugement de Christian Bromberger : « Chez nous, quand on aime, c’est toujours avec exagération, mais c’est peut-être cela qui a porté l’OM au sommets. Marseille, cette ville rebelle, exubérante et bruyante trouve son plus beau moyen d’expression au Stade Vélodrome. »

« Fierté, ferveur, fidélité ! »
Il s’agissait d’un groupuscule de supporters, une bande d’amis plutôt, qui s’étaient regroupés autour de Marco Valora, marseillais de provenance italienne, pendant la saison 1983/84, lors du retour de l’OM en D1. Leur but : réanimer le stade souvent désertique et sans ambiance. Leur modèle : les ultras de la Juventus, qui avaient fortement impressionnés Valora lors de ses fréquentes visites à Turin. Des supporters munis de tambours, de drapeaux et chantant pendant le match entiers constituaient un phénomène inouï dans les stades français des années 80, et on ne s’arrangeait pas forcément avec. À Marseille, de nombreux spectateurs se plaignaient du fracas (!) et surtout de ne plus rien voir, car pour les ultras, il était clair : on chante debout ! Le stade Vélodrome prévoyant déjà à l’époque uniquement des places assises, les ultras mirent leurs temps à trouver un emplacement convenant à leur nécessités, ils changèrent en conséquence du virage nord au sud en passant par l’aileron, ce dernier un emplacement stratégiquement choisi, car on se postait ainsi en face des caméras de la télé, présence médiatique garantie.

Aujourd’hui, les territoires sont démarqués dans les deux virages, chaque groupe a son secteur, balisé aux entrées par les emblèmes divers et des graffitis. Et on reste chez soi, normalement un adhérent d’un groupe ne rentre pas dans le secteur d’un autre. Bien qu’on fasse l’union vers l’extérieur, en déplacement ou quand il s’agit de négocier pour les intérêts des supporters et que les groupes entretiennent des relations au niveau des représentants, les styles et les mentalités diffèrent nettement et chacun « fait son truc ».

« Y a pas d’arrangement »
Cela se remarque les jours du match : Cinq heures avant le coup d’envoi, environ 50 supporters par groupe entrent au stade pour préparer le spectacle. Ils se lancent vers leurs secteurs et commencent par monter la sono, chaque groupe a la sienne. On marque les bornes de façon musicale : tandis que chez les CU84, c’est le rock à la « Los Fastidios », les Winners commencent leur travail au son de « Comandante Che Guevara » et « Bella Ciao » ; chez les MTP résonne le hip-hop marseillais.

Entretemps, le matériel amené en fourgon est débarqué, contrôlé et réparti ; chaque groupe possède en plus un container au stade. « Mais on y laisse que les petits drapeaux, des trucs pas importants. On ne sait jamais qui vient passer... », explique Yves, un des fondateurs des Winners et aujourd’hui une sorte de doyen d’age du groupe. Il organise les préparations, instruit les jeunes et veille à ce que tout le monde participe au travail. « Tiens regarde l’autre virage : ils n’ont même pas fait la moitié de leur bachage et y en déjà qui restent assis à rien faire, chez nous, ça n’arrive pas ! », remarque-t’il. La discipline est stricte chez les Winners, à ceux qui ne participent pas assez, on fait comprendre qu’il vaudrait mieux quitter le groupe. « C’est le groupe avant tout, et on transmet des valeurs », explique Yves. « Le respect, l’amitié, le sentiment du groupe – on fait fonction d’éducateurs. Quand les minots arrivent au local, on leur apprend à saluer tout le monde, ils doivent comprendre que ça se fait comme ça. Mais si ils travaillent bien, on leur passe le micro pendant le match à un moment ou autre. C’est leur récompense, et c’est ainsi qu’on les intègre dans le groupe. »

Le local au quartier de la Belle de Mai est plus qu’un dépôt de matériel et un bureau de coordination. Chez les Winners, on vit l’idée du groupe sept jours sur sept et 24 heures sur 24. Ils ont mis deux ans pour transformer l’ancien dépôt en local ou plutôt en leur domicile, ici, on est chez soi. Au premier étage décoré à pleines couleurs, on se rencontre au bar, il y un point internet et un grand écran ou les matchs sont retransmis sur le cable, un service pour les membres qui ne peuvent pas partir en déplacement ou qui sont interdit de stade. D’autres qui viennent de l’extérieur, trouvent une chambre pour passer la nuit après les matchs à domicile. À côté, il y a des bureaux pour trois employés fixes, deux d’entre eux payés par le gouvernement dans le cadre de mesures sociales pour les quartiers défavorisés.